Marie-Louise Lachapelle

Marie-Louise Lachapelle, née Dugès
Description de cette image, également commentée ci-après
Marie-Louise Lachapelle en 1814, par Villain.
Naissance
Paris
Décès
Ancien 12e arrondissement de Paris
Nationalité française
Domaines obstétrique
Institutions Hôtel-Dieu de Paris
Hospice de la Maternité de Paris
Renommée pour son rôle dans la fondation de l'obstétrique moderne

Marie-Louise Lachapelle[1],[2] (née Dugès à Paris, le et morte dans la même ville le ) est une sage-femme française[3]. Elle est l'auteur d'une Pratique des accouchements[4] en trois volumes ; par cet ouvrage et par le rayonnement de son enseignement, elle prend place parmi les fondateurs de l'obstétrique moderne.

Biographie

Marie-Louise Lachapelle est la fille de Louis Dugès, officier de santé, et de Marie Jonet, sage-femme[5].

Jeunesse

Fille et petite-fille de sage-femme, Marie-Louise Lachapelle apprend d'abord avec sa mère. À onze ans et demi, elle réussit seule un accouchement difficile[6] ; à quinze elle peut traiter des cas rares, difficiles ou complexes.

En 1792, elle épouse un chirurgien, surnommé Lachapelle[2],[7], de l'hôpital Saint-Louis[6]. Elle demeure néanmoins à l'Hôtel-Dieu[8], car la maison familiale a été transformée en prison pour contre-révolutionnaires riches ou malades[9].

En 1793 (elle a 24 ans), quand il s'agit de réformer le service des accouchées et des enfants trouvés, on la consulte[10]. Elle « insista, dit François Chaussier, sur la nécessité absolue qu'il y avait à séparer les femmes en couches des autres malades[11] ».

En , son mari meurt[8],[12],[13]. La même année, elle devient l'adjointe de sa mère à l'Hôtel-Dieu[8].

Vers cette époque[14], elle est chargée d'organiser une nouvelle institution pour les femmes en couches, l'hospice de la Maternité[15]. Sa mère l'y rejoint à la fin de la période de transition mais meurt peu après.

C'est dans cet hospice — déjà en grande partie conçu par elle[16] — qu'elle fait sa marque.

L'hospice de la Maternité

L'hospice de la Maternité est à la fois une maternité, c'est-à-dire un lieu où se pratiquent les accouchements, et un lieu de formation des sages-femmes.

L'hospice accueille les futures mères dès le début du huitième mois[17] ; leur moyenne d'âge est de 26 ans[18]. Après l'accouchement, les mères sont isolées de celles qui n'ont pas encore accouché, le risque de fièvre puerpérale (contre lequel s'était battue sa mère) étant grand.

À cette époque la plupart des femmes n'accouchent pas dans une institution ; l'hospice sert aux démunies (87,5 % des femmes abandonnent leur enfant après l'accouchement ou l'allaitement[19]), c'est-à-dire aussi aux femmes les plus exposées aux maladies.

Formation des sages-femmes

À l'hospice de la Maternité, Marie-Louise Lachapelle conçoit le cursus des études des sages-femmes et la transmission des connaissances[20] :

  • le rôle des élèves « anciennes » (celles qui sont restées pour une seconde année d'étude) ;
  • le rôle de l'« élève principale » (l'assistante de la sage-femme en chef, qui restait à la Maternité plusieurs années) ;
  • son propre rôle de sage-femme en chef (qui comprenait les autopsies[21]) ;
  • l'apprentissage des sages-femmes nouvelles (c'est-à-dire de première année), sous leur ancienne, sous l'élève principale, sous la sage-femme en chef, le médecin et auquel était adjointe, pour la théorie, la répétitrice du médecin[22] ;
  • la cascade des appels d'urgence en cas de complication[23] (jusqu'au médecin, appelé s'il y avait besoin d'un « instrument tranchant[24] »)
  • la distribution de la formation pratique et de la formation théorique, cette dernière assurée par un médecin.

Elle prévoit une organisation de l'espace meilleure, pour emprunter ses mots[25], que celle de la « chétive salle de l'hôtel-Dieu ».

Enfin, le manuel de Jean-Louis Baudelocque[26], son collègue et ami chargé de l'éducation théorique, servira à toutes de ressource écrite[27].

Contributions à l'obstétrique

  • Exclusion des témoins (seuls la mère, les sages-femmes et éventuellement le médecin pouvaient être présents dans la salle d'accouchement).
  • Suture immédiate d'un périnée déchiré.
  • Méthode d'intervention dans les cas de placenta praevia.
  • Méthodes destinées à éviter l'usage des forceps[28].

Une importante contribution de Marie-Louise Lachapelle est la richesse des statistiques tenues par elle ; on ira y puiser abondamment dans tous les pays[29],[30].

Lachapelle privilégiait toujours la « nature » ; elle appelait les accouchements faisant appel à autre chose que l'usage des mains « artificiels[31] » (dus à l'« art »), et même « contre nature[32],[28],[33] ».

Fin de vie

Marie-Louise Lachapelle meurt en 1821, d'un cancer de l'estomac. Après des funérailles auxquelles assistent les sommités médicales[34], elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise[35]. Caroline Holleville, une de ses élèves, prononce un discours sur sa tombe[6]. Clémentine Hucherard[36], « élève principale », est chargée de l'intérim, mais elle est jugée « trop jeune[37] » pour lui succéder ; ce rôle reviendra en 1822 à Madelaine-Catherine Legrand, également son élève[38].

Son neveu et élève, Antoine Dugès, dénué de tout désir de s'approprier l’œuvre d'autrui[39], et qui avait déjà fait paraître le premier volume de sa Pratique[40], en fera paraître deux autres après sa mort. Le style en est clair et vivant ; Lachapelle a le ton d'une autorité, mais quand elle manifeste un désaccord avec d'autres, ce qui arrive assez souvent, elle ne s'y appesantit pas.

Arbre de la transmission des connaissances

Dans cet « arbre généalogique » de la transmission des connaissances, la qualité et le rôle par rapport à Marie-Louise Lachapelle figurent en caractères gras ; les relations de parenté ou d'alliance, s'il y a lieu, suivent, en italiques.

  • « Dame Jonet, sage-femme jurée au Châtelet », sage-femme, formatrice de sa mère, grand-mère
    • Marie Jonet, sage-femme, formatrice, mère
      • MARIE-LOUISE LACHAPELLE
        + Jean-Louis Baudelocque (mort en 1810[41]), médecin, collègue, chargé de la théorie médicale
        + François Chaussier, médecin, collègue
        • Marie Boivin, élève
        • Antoine Dugès, élève, éditeur de ses œuvres, professeur d'obstétrique, neveu
        • Clémentine Hucherard, future épouse Charrier, élève et successeur par intérim
        • Madelaine-Catherine Legrand, élève et successeur
        • De très nombreuses sages-femmes de toute la France[42]

L'étendue de cet arbre a été limitée le plus possible :

  • n'y figurent pas le père, Louis Dugès, officier de santé, dont on sait qu'il a joué le rôle d'informateur de Mme Dugès[43], et le mari, Charles Bon Côme Langlet dit Lachapelle, médecin, dont on ignore la contribution ; le fait qu'elle faisait des autopsies indique chez Lachapelle une formation médicale ;
  • n'y figurent que collectivement les élèves venues de toute la France — et autorisées (c'était leur privilège) à pratiquer partout en France ; leur prestige était déjà grand à la fin de leurs études ;
  • n'y figurent pas non plus celles qui ont pu disséminer l'enseignement de Lachapelle à l'étranger, comme Benoîte Cadeau-Fessel, la « dame Lachapelle du Pérou[44] ».

Œuvres

  • « Observations sur divers cas d'accouchements », dans Annuaire médico-chirurgical des hôpitaux et hospices civils de Paris, Crochard, 1819, p. 542–555
    Les cas sont : « rupture du vagin suivie de guérison ; accouchement naturel, l'enfant présentant la face ; accouchement opéré avec le forceps à l'occasion de l'issue prématurée du cordon ombilical ; seconde observation sur l'issue prématurée du cordon ombilical ; accouchement précédé de convulsions ».

Attribution rejetée

  • Recherches sur les maladies des nouveau-nés[46],[6], in-4

Bibliographie

Lachapelle

Autres auteurs

Compléments

Éponymie

  • La manœuvre, ou manipulation[52], de Mauriceau-Levret est parfois appelée manœuvre de Lachapelle[53] ; on parle aussi du tour de spire de Mme Lachapelle[54].
  • Le cratère vénusien Lachappelle [sic] honore sa mémoire[55],[56].
  • Depuis 2023, la place Marie-Louise-Dugès-Lachapelle lui rend hommage dans le 12e arrondissement de Paris.

Notes

  1. 1 2
  2. 1 2 3 4
  3. 1 2 3
  4. 1 2
  5. Mentionné par Isabelle Wohnlich-Despaigne, Les historiens français de la médecine au XIXe siècle et leur bibliographie, Paris, Vrin, 1987, p. 112 (ISBN 2711609332 et 9782711609338).
  6. Sur la question du nombre de positions à la naissance, différent pour Baudelocque et Lachapelle, voir en particulier à partir de la page 274.

Liens externes

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