Marie-Louise Lachapelle
| Naissance |
Paris |
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| Décès |
Ancien 12e arrondissement de Paris |
| Nationalité | française |
| Domaines | obstétrique |
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| Institutions |
Hôtel-Dieu de Paris Hospice de la Maternité de Paris |
| Renommée pour | son rôle dans la fondation de l'obstétrique moderne |
Marie-Louise Lachapelle[1],[2] (née Dugès à Paris, le et morte dans la même ville le ) est une sage-femme française[3]. Elle est l'auteur d'une Pratique des accouchements[4] en trois volumes ; par cet ouvrage et par le rayonnement de son enseignement, elle prend place parmi les fondateurs de l'obstétrique moderne.
Biographie
Marie-Louise Lachapelle est la fille de Louis Dugès, officier de santé, et de Marie Jonet, sage-femme[5].
Jeunesse
Fille et petite-fille de sage-femme, Marie-Louise Lachapelle apprend d'abord avec sa mère. À onze ans et demi, elle réussit seule un accouchement difficile[6] ; à quinze elle peut traiter des cas rares, difficiles ou complexes.
En 1792, elle épouse un chirurgien, surnommé Lachapelle[2],[7], de l'hôpital Saint-Louis[6]. Elle demeure néanmoins à l'Hôtel-Dieu[8], car la maison familiale a été transformée en prison pour contre-révolutionnaires riches ou malades[9].
En 1793 (elle a 24 ans), quand il s'agit de réformer le service des accouchées et des enfants trouvés, on la consulte[10]. Elle « insista, dit François Chaussier, sur la nécessité absolue qu'il y avait à séparer les femmes en couches des autres malades[11] ».
En , son mari meurt[8],[12],[13]. La même année, elle devient l'adjointe de sa mère à l'Hôtel-Dieu[8].
Vers cette époque[14], elle est chargée d'organiser une nouvelle institution pour les femmes en couches, l'hospice de la Maternité[15]. Sa mère l'y rejoint à la fin de la période de transition mais meurt peu après.
C'est dans cet hospice — déjà en grande partie conçu par elle[16] — qu'elle fait sa marque.
L'hospice de la Maternité
L'hospice de la Maternité est à la fois une maternité, c'est-à-dire un lieu où se pratiquent les accouchements, et un lieu de formation des sages-femmes.
L'hospice accueille les futures mères dès le début du huitième mois[17] ; leur moyenne d'âge est de 26 ans[18]. Après l'accouchement, les mères sont isolées de celles qui n'ont pas encore accouché, le risque de fièvre puerpérale (contre lequel s'était battue sa mère) étant grand.
À cette époque la plupart des femmes n'accouchent pas dans une institution ; l'hospice sert aux démunies (87,5 % des femmes abandonnent leur enfant après l'accouchement ou l'allaitement[19]), c'est-à-dire aussi aux femmes les plus exposées aux maladies.
Formation des sages-femmes
À l'hospice de la Maternité, Marie-Louise Lachapelle conçoit le cursus des études des sages-femmes et la transmission des connaissances[20] :
- le rôle des élèves « anciennes » (celles qui sont restées pour une seconde année d'étude) ;
- le rôle de l'« élève principale » (l'assistante de la sage-femme en chef, qui restait à la Maternité plusieurs années) ;
- son propre rôle de sage-femme en chef (qui comprenait les autopsies[21]) ;
- l'apprentissage des sages-femmes nouvelles (c'est-à-dire de première année), sous leur ancienne, sous l'élève principale, sous la sage-femme en chef, le médecin et auquel était adjointe, pour la théorie, la répétitrice du médecin[22] ;
- la cascade des appels d'urgence en cas de complication[23] (jusqu'au médecin, appelé s'il y avait besoin d'un « instrument tranchant[24] »)
- la distribution de la formation pratique et de la formation théorique, cette dernière assurée par un médecin.
Elle prévoit une organisation de l'espace meilleure, pour emprunter ses mots[25], que celle de la « chétive salle de l'hôtel-Dieu ».
Enfin, le manuel de Jean-Louis Baudelocque[26], son collègue et ami chargé de l'éducation théorique, servira à toutes de ressource écrite[27].
Contributions à l'obstétrique
- Exclusion des témoins (seuls la mère, les sages-femmes et éventuellement le médecin pouvaient être présents dans la salle d'accouchement).
- Suture immédiate d'un périnée déchiré.
- Méthode d'intervention dans les cas de placenta praevia.
- Méthodes destinées à éviter l'usage des forceps[28].
Une importante contribution de Marie-Louise Lachapelle est la richesse des statistiques tenues par elle ; on ira y puiser abondamment dans tous les pays[29],[30].
Lachapelle privilégiait toujours la « nature » ; elle appelait les accouchements faisant appel à autre chose que l'usage des mains « artificiels[31] » (dus à l'« art »), et même « contre nature[32],[28],[33] ».
Fin de vie
Marie-Louise Lachapelle meurt en 1821, d'un cancer de l'estomac. Après des funérailles auxquelles assistent les sommités médicales[34], elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise[35]. Caroline Holleville, une de ses élèves, prononce un discours sur sa tombe[6]. Clémentine Hucherard[36], « élève principale », est chargée de l'intérim, mais elle est jugée « trop jeune[37] » pour lui succéder ; ce rôle reviendra en 1822 à Madelaine-Catherine Legrand, également son élève[38].
Son neveu et élève, Antoine Dugès, dénué de tout désir de s'approprier l’œuvre d'autrui[39], et qui avait déjà fait paraître le premier volume de sa Pratique[40], en fera paraître deux autres après sa mort. Le style en est clair et vivant ; Lachapelle a le ton d'une autorité, mais quand elle manifeste un désaccord avec d'autres, ce qui arrive assez souvent, elle ne s'y appesantit pas.
Arbre de la transmission des connaissances
Dans cet « arbre généalogique » de la transmission des connaissances, la qualité et le rôle par rapport à Marie-Louise Lachapelle figurent en caractères gras ; les relations de parenté ou d'alliance, s'il y a lieu, suivent, en italiques.
- « Dame Jonet, sage-femme jurée au Châtelet », sage-femme, formatrice de sa mère, grand-mère
- Marie Jonet, sage-femme, formatrice, mère
- MARIE-LOUISE LACHAPELLE
+ Jean-Louis Baudelocque (mort en 1810[41]), médecin, collègue, chargé de la théorie médicale
+ François Chaussier, médecin, collègue- Marie Boivin, élève
- Antoine Dugès, élève, éditeur de ses œuvres, professeur d'obstétrique, neveu
- Clémentine Hucherard, future épouse Charrier, élève et successeur par intérim
- Madelaine-Catherine Legrand, élève et successeur
- De très nombreuses sages-femmes de toute la France[42]
- MARIE-LOUISE LACHAPELLE
- Marie Jonet, sage-femme, formatrice, mère
L'étendue de cet arbre a été limitée le plus possible :
- n'y figurent pas le père, Louis Dugès, officier de santé, dont on sait qu'il a joué le rôle d'informateur de Mme Dugès[43], et le mari, Charles Bon Côme Langlet dit Lachapelle, médecin, dont on ignore la contribution ; le fait qu'elle faisait des autopsies indique chez Lachapelle une formation médicale ;
- n'y figurent que collectivement les élèves venues de toute la France — et autorisées (c'était leur privilège) à pratiquer partout en France ; leur prestige était déjà grand à la fin de leurs études ;
- n'y figurent pas non plus celles qui ont pu disséminer l'enseignement de Lachapelle à l'étranger, comme Benoîte Cadeau-Fessel, la « dame Lachapelle du Pérou[44] ».
Œuvres
- « Observations sur divers cas d'accouchements », dans Annuaire médico-chirurgical des hôpitaux et hospices civils de Paris, Crochard, 1819, p. 542–555Les cas sont : « rupture du vagin suivie de guérison ; accouchement naturel, l'enfant présentant la face ; accouchement opéré avec le forceps à l'occasion de l'issue prématurée du cordon ombilical ; seconde observation sur l'issue prématurée du cordon ombilical ; accouchement précédé de convulsions ».
- Pratique des accouchements ou Mémoires et observations choisies, sur les points les plus importants de l'art, Paris, J. B. Baillière, : vol. 1[45] ; vol. 2 ; vol. 3Cette œuvre est citée ici comme Pratique.(de) Franz Naegele, Über der Frau Lachapelle Pratique des accouchements, Heidelberg, 1823.
Attribution rejetée
Bibliographie
Lachapelle
- Marie-Louise Lachapelle, « Pratique des accouchements — Introduction », dans Pratique, t. 1, p. 1

Autres auteurs
- Notice historique sur la vie et les écrits de Mme de La Chapelle, sage-femme en chef de la Maison d'accouchement, in-8, Paris, Huzard, 1823, 22 p.[47]
- (de) « Lachapelle (Marie Luise Dügés, Witwe) », dans Georg Hartog Gerson (de) et Nikolaus Heinrich Julius (de) (dir.), Magazin der ausländischen Literatur der gesammten Heilkunde…, vol. 10, Hambourg, 1835, p. 280[48]
- Scarlett Beauvalet :
- « Perdre la vie en la donnant », dans Annales de démographie historique, 1994, p. 237–260
- (avec Pierre Boutouyrie), « Du geste qui tue au geste qui sauve — Épidémies et procédures médicales invasives à Paris au XIXe siècle : l'exemple de la Maternité de Port-Royal », dans Annales de démographie historique — Épidémies et populations (1997), p. 135–155
- Marie-Laure Beijas, L'obstétrique au début du XIXe siècle vue par une sage-femme : Madame Lachapelle, mémoire de sage-femme, Limoges, 1995 (OCLC 799135799)
- (en) June K. Burton, « Preeminent female teachers », dans Napoleon and the woman question : Discourses of the other sex in French education, medicine, and medical law 1799–1815, p. 98–103
- Henriette Carrier, Origines de la Maternité de Paris : les maîtresses sages-femmes et l'office des accouchées de l'ancien hôtel-Dieu (1378–1796), G. Steinheil, 1888

- François Chaussier, Notice sur l'ouvrage de Mme Lachapelle, extraite du discours prononcé par M. le docteur Chaussier, Paris, Huzard, 1821
Discours prononcé à une remise de prix aux élèves de Mme Lachapelle le . - François Chaussier, « Notice historique sur la vie et les écrits de Madame Lachapelle », dans Pratique, t. 2, 1822, p. 1
Cité ici comme « Chaussier 1822 ». - A. Delacoux, « Lachapelle (Marie-Louise Dugès, veuve) », dans Biographies des sages-femmes célèbres anciennes, modernes et contemporaines, Paris, Trinquart, 1833, p. 97–106Aussi en ligne sur le site de la Société internationale pour l’étude des femmes de l'Ancien Régime.
- (en) Kate Campbell Hurd-Mead, Women in medicine : from the earliest times to the beginning of the nineteenth century, Haddam Press, 1938[49]
- Hucherard[50], Sausseret et Girault, Mémoire historique et instructif sur l'hospice de la Maternité sur Google Livres, 1808
- Michel Kermorgant, Mme La Chapelle 1769–1821 : son œuvre ou l'art des accouchements au début du XIXe siècle, thèse de médecine Paris 5 — C.H.U. Cochin-Port Royal, 1973
- Mélanie Lipinska, Histoire des femmes médecins, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, Paris, 1900, p. 313
- Alphonse Mahul, « Lachapelle (Madame) », dans Annuaire nécrologique, ou Supplément annuel et continuation de toutes les biographies ou dictionnaires historiques, 2e année, 1821, Paris, Ponthieu, 1822, p. 229
- Jacques-Pierre Maygrier, Nouvelles démonstrations d'accouchement sur Google Livres, avec planches, 2e éd., refondue et augmentée par [Charles Nicolas] Halmagrand, Bechet, 1840[51]
- (en) Marilyn Ogilvie et Joy Harvey, The Biographical Dictionary of Women in Science, (ISBN 0-415-92040-X)
- (en) Dora B. Wiener, « Hospital administrators in the French Revolution », Koroth, vol. 8, nos 11–12, (lire en ligne)
Compléments
Éponymie
- La manœuvre, ou manipulation[52], de Mauriceau-Levret est parfois appelée manœuvre de Lachapelle[53] ; on parle aussi du tour de spire de Mme Lachapelle[54].
- Le cratère vénusien Lachappelle [sic] honore sa mémoire[55],[56].
- Depuis 2023, la place Marie-Louise-Dugès-Lachapelle lui rend hommage dans le 12e arrondissement de Paris.
Notes
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- ↑ Mentionné par Isabelle Wohnlich-Despaigne, Les historiens français de la médecine au XIXe siècle et leur bibliographie, Paris, Vrin, 1987, p. 112 (ISBN 2711609332 et 9782711609338).
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- ↑ Sur la question du nombre de positions à la naissance, différent pour Baudelocque et Lachapelle, voir en particulier à partir de la page 274.
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Liens externes
- Ressource relative à la santé :
- Ressource relative à la recherche :
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